Jean-François Joubert
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Le naufrage de Rose (prologue)

15/01/2014

Prologue

 

 

Les étoiles partaient se coucher et l’aube pointait son nez. Un matin ordinaire où l’Ogre gommait les lampadaires de l’architecte divin, un vent léger, deux, trois beaufort  quelques nœuds pas coulant qui me permettait de respirer dans cette traversée hauturière, animée de coup de sang, et de lumière surgissant du fin fond de l’univers. De larges couleurs envahissaient le ciel, des effets mandarine, du gris bleuté, et ce vert turquoise que j’aimais tant. Une nuit de plus, sans toi, Rose et ce souvenir de nos danses sur les flots enfournant dans un surf de folie à sec de toile, un bout de foc puissant sous ses cinquante nœuds rugissants, tel la constellation du Lion en croisant une image de cette reconnaissable bande blanche d’une baleine de Minke, le rorqual à museau pointu identique  aux flancs de ce village ou lors de notre mouillage sur le sable, Sienne brute, de l’anse Marcelle, cette île, terre de sienne brûlée, par le soleil vivant de Saint-Martin, aux Antilles, côté France. Nos rires, fatigués, ricochaient sur l’eau génétiquement croisé entre un vert de chrome et un bleu céruléen, nous étions cernés par un énorme poisson identifié de manière non-scientifique dans ce trafic de voilier en entrant dans la zone B aux balises inversée, la méthode mnémotechnique devenait tricot-vert à l’envers, et bacille rouge à tribord détournait le sens commun d’entré au port salutaire annonçant un dépaysement de nos valeurs métropolitaine… L’ombre de nos frayeurs de débarquer de notre titanesque aventure romanesque, un convoyage en couple, mal nommé, se matérialisa devant nos regards avides de viande fraîche, un instant de latence immortel en voyant notre premier barracuda qui nous empêcherait, au premier soir de danser, de poser sac à terre, car la rive la horde de transats touristique nous narguait, et sans annexe, tu voulais nager, Rose, lors de notre première traversée de l’Atlantique Nord, assaisonné hors saison cyclone par de nombreux coup de foudre. Nous nous sentions vraiment vivant, en couple ordonné par le dé de la chance de s’être croisé deux ans plus tôt à Gavres, un amour si fou commencé aux abords des murs de l’enceinte de Saint-Louis. Aujourd’hui, je navigue, sans peine, sur une mer noire, polluée par notre empreinte passée, celle du pétrole, attendant un fantôme, une voix, toi. Cette rencontre hante ma foi en l’avenir, et je reste coincé à la case «A»  Une circulation de nuages passait sur mes illusions. La route était noire et le soleil absent, et les nuits si longues depuis que je n'arrivais plus à dormir. L'insomnie guidait toute ma vie, alors je marchais sans cesse afin de vaincre l'expression de cet abandon. Difficile d'être un pion dans un monde solitaire, un monde de devises et de consommation. L'almanach du marin breton ne m'aidait plus, mes rêves de navigations avaient pris l'eau. Mes pas heurtaient le sol, pas une musique dans ma tête, le silence presque vrai meublait ton absence. Je voyageais par petits mètres, un pas plus un pas traçaient ma voie, empreinte de folie, de souffrance. Blessé sans combat, je cherchais à comprendre les causes de cette chute violente, ce fossé de décadence. L'âme nue, j'avançais vers un chemin inconnu, la mort de l'amour... Des ampoules aux pieds, ivre sous la menace d'un ciel ocre jaune, mes chaussures en sang, j'allais sans sens apparent vers une fuite incertaine. J'avais peur de ne pas tenir la hauteur, d'être muet face à l'invincible, et, sans vin, je tremblais. Ma peau perdait de ses couleurs, du rouge de cadmium sur cette surface endolorie par des kilomètres de souvenirs, je courais à l'abri dans ma mémoire, ma caboche creuse. La dégringolade avait commencé en décembre, Noël en fête, tu as pris ce sac à dos, l'essentiel de tes valises et sans dire un mot, le train t'a renvoyée sur la suite de ton destin, petite fleur, Rose. Imbécile, je croyais que tu allais voyager un temps sur la surface du globe, puis revenir prendre ma main. Je m'inventais une vie d'équinoxe en tentant de dompter mes ecchymoses, j'avançais le cerveau las, le ciel avait ses parures d'hiver toute l'année. Ma sottise se trouvait sur le solstice de décembre, cachée par la marque du Capricorne. Je marchais sur cette voie sombre de douleur tropicale, le jour toujours égal à lui-même. L'insomnie... Le sommeil qui s'évade et la montre qui se perd, j'allais vers nulle part, tout nu dans mon inconscient. Et mes pas se voulaient dociles, curieuse atmosphère. Heureusement les oiseaux n'étaient pas chiens, je voyageais en leur fidèle compagnie : le ptéranodon avait perdu toutes ses plumes, mais pas la buse ou le faucon crécerelle. Je croisais la route de marins : cormorans, sternes, goélands, mouettes et fous de bassan. Leurs cris stridents et la beauté de leurs vols me permettait de continuer à vivre. J'allais sur les routes en sueur où le bitume sentait ce que je ressentais.

Est-ce que vous le comprenez ?

Un arbre papillon ne vole pas, pas plus qu'un saule pleureur ne lâche une larme de bonne heure, pourtant leurs racines causent de la pluie et du beau temps. Une aigrette dans le cœur, je voyage sur le murmure de mon imagination, un geai cache sa beauté de réalité, ses plumes bleus battent de l'air et m'entraîne loin de ses murs que l'on dit noir. La mémoire prend de l'ombre depuis que le soleil s'éclipse, années sombres...

www.monpetitediteur.com/librairie/livre.php?isbn=9782342011937


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