Jean-François Joubert
21 rue Dixmude, 29200  Brest
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Le mage du rumorvan (extrait)

18/01/2014

On aurait dit que la Lune était rousse et le soleil venait à peine de rejoindre l’autre hémisphère quand tous les chiens du quartier se mirent à hurler à la mort. Un bien triste concert qui ôta la somnolence hivernale des habitants de ce petit village, l’Aber-Ildut. Pas d'aboiements, mais des grognements et des gémissements exprimant un irrépressible effroi, avaient mis tous les regards dehors. Oubliés un temps les conflits de génération, unis par un mélange de peur et de curiosité. Ils sortaient tous de chez eux. Jeunes et vieux se regroupaient au cœur du bourg, les yeux rivés sur les nuages illuminés par un feu blessant, et le halo blanc crémeux des lampadaires. Ils venaient de comprendre l’origine de ces cris inhumains qui donnaient cette impression unique d’apercevoir une esquisse de l’enfer.

 

Des hortensias en fleurs bordaient la route et il pleuvait quand les premières flammes s’étaient levées vers le ciel. Une fumée noire, masquant les étoiles évanescentes, avait alors intrigué la population de l’Aber-Ildut, ce bel endroit aux vieilles pierres où, depuis des lustres, les maisons de corsaire ceintes de murs clos dissimulaient jalousement les arrière-cours. Des murs usés par le temps et gardiens, ou témoins, de nombreux secrets ? Sur Terre, nul homme ne peut connaître ce qu’ils cachaient. Dieu, peut-être ? L'alerte, elle, avait été donnée par les chiens-loups, de la maison du mage. Les gens échafaudaient de multiples explications et, pour une fois, la vie grouillait sur le petit parking du centre de l’Aber.

 

Les pompiers ignoraient les vieilles histoires qui traînaient dans l'inconscient collectif. Ils s'étaient employés à lutter contre le sinistre, et personne, à cette heure, ne savait si le mage et sa femme se trouvaient à l'intérieur de leur belle bâtisse du dix-huitième siècle. Après des heures de lutte, sur l'aile droite, il ne restait que cendres et moellons de murs de granit noirci. Le bois des portes, des fenêtres et de l'escalier avait alimenté le brasier. L'aile gauche préservée, la bataille de ce soir d'octobre était en partie gagnée, mais les badauds chuchotaient…

Cette maison attisait la peur. Quand on sut que le mage était mort, les langues se délièrent, brisant de longues années de silence. Véritable Landerneau, la rumeur circulait, L'Aber se couvrait de ce voile sombre qui laissait place au mystère et à l'imagination des riverains. On cherchait déjà l'assassin incendiaire, d'un œil inquisiteur. La femme du mage était-elle dans le brasier ? À cette heure, une seule certitude, l’âme des chiens-loups venait de rejoindre les cieux…

Les ruines de la maison abritaient un cadavre. Quand l'inspecteur Lavigne arriva sur le site, quelques flammes subsistaient encore et rendaient impossible l'accès au corps. Le policier ne voulait surtout rien savoir des on-dit, et de toutes les hypothèses, plus folles les unes que les autres. Était-ce le résultat d'un suicide ? D'un accident ? Ou, selon la rumeur qui circulait déjà dans la foule, d'un meurtre ?

 

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