Jean-François Joubert
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Le carnaval des cieux

21/01/2014

Mais comment je sais cela ? Né petit zef, le vent est ma raison. Souvent je navigue entre les îles de la mer d’Iroise. Là, ma conscience se fait jeu : en planche à voile ou en bateau, dans ce célèbre passage du four, ce vieux phare de Pierre posé sur de la roche entourée de denrées _ poissons gris argenté et crustacés, crabes dormeurs, homards, sans oublier les étranges et longues algues laminaires. Du continent, ce phare, cette tour océane, est visible entre les dunes de Porspoder et d’Argenton. Recouvertes de genêts et de chardons, ces dunes ne masquent pas ce phare qui ouvre le passage à ceux qui calculent les marées, et ceux qui osent braver le célèbre courant qui cerne l’île d’Ouessant. Le Fromveur, sans être à l’heure, trouve l’Océan bien en colère.

 

Mais ce que je veux expliquer en dialoguant avec vous c’est que je suis un simple contemplatif de ma région, qui parfois entre dans une histoire de pirates lors d’une de ses lectures d’un livre. C’est que je n’ai pas d’esprit de découverte, loin du navire de Colomb : je suis une personne sans teint, un peu de verdure,  un peu meuble dans une caverne sans ours. Alors comment vous l’expliquer, que ce diable de Pezrec, accompagné de ses compagnons de route, Aaron et Arthus, entre de jour ou sans choisir l’instant ? Sans clef, ils ouvrent les portes de ma raison, ne s’occupant pas de mon occupation, et ils hantent mon espace secret et mon jardin intérieur. Non, jamais je n’ai entendu parler de ces illustres personnages, et bien entendu sans leurs constantes insertions dans mes nuits blanches, je n’aurais imaginé entendre et commencer à comprendre les maux de l’univers.

 

Mon enfance est aussi simple que moi. Oisif, j’aime l’oiseau les jours de tempêtes. Un pin sylvestre me donne force et direction du vent en observant sa cime près de l’épicerie d’une dame qui me connait depuis que ma famille à déménagé dans un aber. Ildut, le moins connu, mais un abri sûr pour nos coques de noix, nos bateaux, tant il est abrité par son ouverture étroite vers l’axe Ouest d’Ouessant, et ceinturé de dune et de bois, ainsi que du village de Lanildut, nom d’un Saint prospère issu sans doute du moyen âge.

 

Mais comme à l’école et dans la vie, j’écoute peu la grande Histoire, je me demande pourquoi ces hommes aux prénoms d’un autre temps, aux costumes celtes, me convoquent quand je tente de trouver la quiétude du sommeil. Je ne suis pas né insomniaque, ni médium. Du plus loin de mes souvenirs, quand je remonte à l’adolescence ou dans notre pays, le Léon, Finistère nord connu pour son temps de cochon et le naufrage de l’Amoco Cadiz en 1978,  nous tentions de faire bouger les verres autour d’un cercle de lettres, l’alphabet au complet et les chiffres de 1 à 9 et, au cœur de ce cercle, deux lettres : un O pour Oui, un N pour non. Je devais sortir tant mon rire empêchait mes amis de consulter les anciens, ceux qui connaissaient les portes du monde des morts, le royaume de terre qui leur était si cher de ses champs. Culture sensible aux astres mais pas seulement, comme les cartomanciennes, les quatre éléments composent la Nature qui émerveille les êtres vivants. La terre, le feu, l’air, et l’eau sont, pour les gardiens celtes, les mamelles du destin.

 

Je ne me savais pas bien ancré dans ce monde contemporain à cheval sur deux siècles. Je consommais, je consumais des volutes de fumée à me ruiner la santé, allez savoir pourquoi j’ai acquis ce geste simple de porter à ma bouche des cigarettes. J’espère que la présentation succincte de ce que je connais de mon mode intérieur vous aidera à comprendre le fruit de mes nuits et le message que je porte à « l’insu de mon plein gré », tel le disait un coureur cycliste, une expression qu’utilisent « les guignols », célèbres marionnettes à l’humour caustique que je regarde dans l’aquarium qui, au début de ma vie, naquit. Une évolution technologique va opérer une mutation sans retour possible, envahir nos salons et distribuer de l’information de toit en toit, sans tenir compte par antenne, au départ, en oubliant que l’Homme est un animal d’une boule bleue qui vole dans un espace sans limite, un peu comme la science animale de l’Humain qui ouvre chemin de l’horizon sans aucun contrôle aux frontières des espèces diverses et variées qui peuplent la Terre. Oui, quand j’ai gouté à la joie de me faire peur en convoquant un esprit torturé par ce sentiment d’éternité coincé entre plusieurs mondes, je dérangeais la réunion et je devais quitter la pièce, une cuisine à la table ronde. Car, en ma présence, le verre refusait tout mouvement, alors moi médium, de quoi rire !

 

Le carnaval des cieux

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